Le Web 2.0, phénomène grand public par origine et par essence, se diffuse aujourd’hui au sein des entreprises. Diffusion des outils et des technologies, tout d’abord (passage des clients mail au webmail, par exemple) et ce pour une raison très simple : les employés acquièrent aujourd’hui les bases de leur pratique de l’informatique à la maison — où ils bénéficient de l’informatique “d’aujourd’hui” — et pas dans l’entreprise — où les outils mis à leur disposition sont souvent bien loin de l’état de l’art.
Mais surtout, diffusion des pratiques et usages — les traits principaux de l’impact organisationnel du Web 2.0 en entreprise sont :
- la transversalisation et la libéralisation du flux d’information,
- la proximation et l’intermédiation sociale,
- l’instantanéification de la communication.
Tout d’abord, le flux de l’information ne suit plus la structure hiérarchique “en arbre” rigide où le chef connait et contrôle tout ce qui se passe dans son équipe, et où une information pour passer d’une équipe à une autre doit remonter au “plus petit commun multiple” hiérarchique puis redescendre jusqu’au destinataire. Tous les membres de l’équipe sont maintenant dans la même boucle d’information, le partage d’infos se faisant de manière ad hoc. Cela ne signifie pas que le contrôle d’information soit devenu impossible ; au contraire, ce contrôle est maintenant beaucoup plus granulaire, la détermination du niveau de confidentialité ou de diffusion d’une information étant distribué à tous les niveaux et non plus seulement au plus haut niveau. Cette “déréglementation” de la diffusion de l’information a permis le développement des wikis en entreprises, les blog d’entreprises, etc.
Dans le même temps, cette transversalisation s’accompagne d’un phénomène de proximation sociale : prendre un contact n’est plus aussi formel, puisque l’on engage dans la vie de tous les jours des discussions nombreuses avec des inconnus par l’intermédiaire des applications Web 2.0. Les inconnus deviennent abordables, les collègues éloignés se rapprochent, le graphe social professionnel se décolle du graphe hiérarchique prédéterminé, et surtout il évolue au
cours du temps. La vitesse de construction de relations sociales, certes plus superficielles, est décuplée. La cohésion du groupe professionnel est accrue, le sentiment d’appartenance à une équipe également.
Enfin, l’instantanéification de la communication : un mail demandait moins de temps qu’un appel téléphonique grâce à l’asynchronicité du moyen de communication. Aujourd’hui l’instant messaging, le microblogging abaissent encore les barrières à l’entrée de la communication. La conscience d’appartenir à un organisme vivant, en temps réel, est un puissant outil de motivation.
Ainsi, les usages issus du “Web 2.0″ impactent profondément l’organisation des entreprises. Aujourd’hui, la question n’est donc plus “faut-il chercher à empêcher ces évolutions ?” mais plutôt : “comment faire en sorte que ces pratiques permettent d’augmenter la productivité de l’entreprise ?”…
A voir sur le sujet : le keynote de David Weinberger à Le Web ‘08 : http://www.youtube.com/watch?v=8vcmi9-3mwo